Décaméron : présentation

Boccace par Andrea del Castagno, Florence 1450

Boccace par Andrea del Castagno, Florence 1450

« Pour fuir la peste de 1348, sept jeunes femmes (Pampinea, Filomena, Elissa Neifile, Emilia, Lauretta, Fiammetta) et trois jeunes gens (Panfilo, Filostrato, Dioneo) quittent Florence afin de se réfugier à la campagne. Pendant dix journées (entrecoupées par des jours fériés), ils racontent chaque fois dix nouvelles. Chacun d’entre eux est à son tour nommé roi, choisit un thème à traiter (sauf lors de la première et de la neuvième journées) et pourvoit avec l’aide de domestiques à l’organisation de plaisirs raffinés : repas, jeux, danses, promenades. Chaque journée s’achève par une chanson.
Après un prologue dédié aux lectrices et une longue description de la peste, la première journée (sous la direction de Pampinea) est à thème libre. La deuxième journée (Filoména) raconte des aventures à fin heureuse. La troisième (Neifile) traite des désirs réalisés après une longue attente. La quatrième (Filostrato), précédée d’une introduction où Boccace se justifie, évoque les amours malheureuses. La cinquième (Fiammetta) narre le bonheur atteint par des amants après des aventures malheureuses et extraordinaires. On parle dans la sixième journée des mots d’esprit (sous le gouvernement d’Elissa). La septième journée a pour thème de bons tours joués par les femmes à leurs maris (gouvernement de Dioneo). La huitième (Lauretta) traite de tous les bons tours possible. La neuvième journée (Emilia), à thème libre, reprend les sujets précédemment évoqués. La dixième journée (Panfilo) évoque les actions courtoises et magnanimes. Le recueil s’achève avec le retour de la compagnie àFlorence et une conclusion de Boccace, où il défend son oeuvre contre les critiques qui lui ont été faites par certains.
L’un des traits originaux du Décaméron, qui le différencie de la plupart des recueils antérieurs et postérieurs, c’est qu’il n’est pas une simple accumulation de nouvelles, mais qu’il les organise dans une structure complexe. Les cent nouvelles, en effet, sont réparties en dix groupes (ou journées), dont chacun (sauf le premier et le neuvième) obéit à un thème imposé. Comme on l’a justement montré, les sujets traités s’inscrivent dans une progression. Ainsi le protagoniste de la première nouvelle de la première journée est-il un homme perdu de vices, alors que les héros de dixième et dernière journée rivalisent de générosité et de libéralité. Du mal au bien, tel est donc tel est donc le chemin ascendant suivi par le Décaméron, qui évoque ainsi, dans une certaine mesure, la Comédie de Dante.
Les Cent Nouvelles fréquemment  appelées de ce nom par les contemporains) sont précédées d’une longue introduction, qui décrit avec éloquence et précision la peste de 1348 et ses douloureuses conséquences. Or cette évocation nous paraît symbolique de la crise qui afflige, selon Boccace, la société de son temps. Car, à Florence et dans sa campagne, l’épidémie a détruit tous les liens entre les hommes : familiaux, amicaux et sociaux.
Or la joyeuse compagnie des dix narrateurs, mise en scène dans le Décaméron, quitte Florence pestiférée pour se réfugier dans la paix d’admirables villas. La microsociété imaginé par Boccace prend donc ouvertement ses distances à l’égard des désordres et édifie une vie nouvelle, en adoptant un mode de comportement harmonieux, strict et conforme aux impératifs moraux, sociaux et religieux en vigueur avant la pestilence. Les jeunes gens et leurs serviteurs créent pour un temps un microcosme exemplaire, où règnent l’«honnêteté», la «concorde», l’«amitié la plus durable et la plus fraternelle» (Conclusion de l’auteur) : en somme une solidarité retrouvée, qu’avaient largement oubliée les contemporains et les concitoyens de Boccace. » Le Décaméron, Christian Bec, Le livre de poche

La suite : Première journée

Repères chronologiques
1313 : naissance de Boccace.
1319-1320 : premières études à Florence.
1327 ; Boccace accompagne son père à Naples.
1330-1331 : il entreprend des études de droit.
1331 et suiv. : il participe à la vie galante de Naples.
1332 : premiers essais en latin et en poésie vulgaire.
1335- 1337 : Caccia dl Diana.
1336- 1339 : Filocolo.
1339-1340 : Teseida. 
1340 : retour à Florence; Filostrato.
1341- 1342 : Ninfale d’Ameto.
1342- 1343 : première version de L’Amorosa Visione.
1343- 1344 : première rédaction de L’Elegia di madonnaFiammetta.
1344- 1346 : Ninfale fîesolano; séjour à Ravenne.
1347-1348 : séjour à Forlî.
1348 : peste, à laquelle Boccace assiste à Florence
1349-1351: Décaméron.
1350 : ambassade à Ravenne auprès de la fille de Dante.
1351 : missions diplomatiques, dont une à Padoue auprès de Pétrarque.
1353 : missions en Romagne.
1354 : mission à Avignon auprès du pape Innocent VL
1355 : voyage à Naples.
1357 : séjour à Ravenne.
1359 : mission à Milan, rencontre avec Pétrarque.
1360 : première version du De casibus.
1361 : s’installe à Certaldo ; début du De mulieribus.
1362 : voyage à Naples.
1363 : rencontre avec Pétraque à Venise ; début des Genealogie deorum
1365 : mission auprès d’Urbain V à Avignon ; Corbaccio.
1367 : voyage à Venise ; mission à Rome.
1369 : publication du Bucolicum Carmen
1370 : voyage à Naples.
1373-1374 : lecture publique de la Divine Comédie à Florence.
1374 : mort de Pétraque
1375 : mort de Boccace à Certaldo, le 21 décembre

2 thoughts on “Décaméron : présentation

  1. Isabelle QUENTIN GUILLON

    Merci Anne de cette belle initiative. Je n’aurai sans doute pas penser me plonger dans ces années si lointaines et je vais suivre avec intérêt tes publications. Un moment d’évasion ou je n’écouterai pas la télévision, pas la radio et laisserai le polar que je lis de côté pour élever mon esprit. Donc à demain.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>